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jeudi 23 avril 2026
jeudi 16 avril 2026
A la Femme aimée
Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l'airain
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l'écume,
Le soir d'été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.
Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s'échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s'exhalaient tour à tour
L'agonie et l'amour.
Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l'effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j'entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l'ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus.
Blonde, tu m'apparus.
Et l'esprit assoiffé d'éternel, d'impossible,
D'infini, je voulu moduler largement
Un hymne de magie et d'émerveillement.
Mais la strophe monta bégayantes et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta divinité.
Renée Vivien
jeudi 9 avril 2026
C’était ça, nos plus belles années…
Se donner rendez-vous “au même endroit”, sans téléphone,
et savoir que tout le monde finirait par arriver.
Écouter la radio trop fort, enregistrer les chansons sur des cassettes,
appuyer sur “pause” trop tard… et s’en moquer.
Rentrer quand les lampadaires s’allumaient.
Manger vite.
Redescendre aussitôt.
Rire pour rien.
Parler d’amour sans trop comprendre.
Se faire des promesses énormes, assis sur un trottoir.
Porter toujours les mêmes baskets.
Se prêter des vestes.
Se reconnaître de loin.
Il n’y avait pas grand-chose,
mais on avait l’impression d’avoir tout.
C’était simple.
C’était fort.
C’était la jeunesse.
jeudi 2 avril 2026
Après trente ans de mariage,
il m’a dit que j’étais devenue grosse et moche.
Il a ramassé ses affaires et il est parti.
Pas un regard.
Pas une étreinte.
Juste une phrase glaciale :
Tu n’es plus celle que tu étais.
Tu vieillis…
Je ne ressens plus rien pour toi.
J’avais 52 ans.
Trente années partagées.
Un enfant.
Je l’avais soutenu quand il avait perdu son travail.
Je l’avais soigné quand il était malade.
Je m’étais levée tôt chaque matin pour son petit-déjeuner,
même quand je travaillais moi aussi.
Et soudain, je n’étais plus "suffisante" ?
Il est parti avec une plus jeune.
Toujours le téléphone à la main, des filtres sur chaque photo, des rires forcés…
Une semaine plus tard, je l’ai vu en photo à la mer.
Un endroit où il ne m’avait jamais emmenée.
Sous la photo, il avait écrit :
Nouvelle vie.
Âme légère.
Alors j’ai cessé de dormir.
J’ai cessé de manger.
Dans le miroir, je ne voyais que mes rides, mes kilos, le temps qui avait passé.
J’ai pleuré.
Puis j’ai crié.
Puis… le silence.
Jusqu’au jour où je suis tombée sur une vieille lettre.
Une lettre que j’avais écrite enfant.
J’y décrivais la femme que je voulais devenir.
Elle ne parlait pas de beauté.
Ni de minceur.
Elle disait :
Je veux être gentille, forte, pleine d’amour.
Je veux une maison qui sent le gâteau.
Un refuge où mes enfants se sentent en sécurité.
Je veux être cette voix vers laquelle ils peuvent toujours revenir.
Et là, j’ai compris.
Cette femme là, je l’étais devenue.
Oui, mes cheveux sont gris.
Oui, mon corps a changé.
Mais mon cœur est resté fidèle.
Mes mains ont bâti une famille.
Mon âme est encore pleine de lumière.
Deux mois plus tard, il est revenu.
J’ai fait une erreur, m’a-t-il dit.
Elle est belle… mais elle n’a rien à l’intérieur.
Elle ne sait même pas faire une soupe.
Je l’ai regardé.
Et pour la première fois, j’ai souri sincèrement.
Ma soupe est la meilleure du monde.
Mais désormais… je la prépare pour moi.
Ou pour ceux qui le méritent.
Il est reparti.
Moi, je suis restée.
Avec moi-même.
Avec ma paix.
Avec une vie où je n’ai plus besoin de prouver à quiconque…
que je suis digne d’amour
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